Et le gagnant pour le rachat du groupe M6 est... le groupe Bouygues-TF1 ! Selon nos informations, qui confirment celles du Figaro, le groupe de Martin Bouygues a remporté la compétition orchestrée par la banque d'affaires JP Morgan pour le compte du géant allemand Bertelsmann-RTL Group, maison mère de la société française. RTL Group va annoncer l'ouverture de négociations exclusives avec Bouygues-TF1. D'après une bonne source, il s'agit bel et bien d'une fusion de groupe TF1 et groupe M6. Bouygues sera l'actionnaire de contrôle du nouvel ensemble, avec 30 % du capital, contre environ 18 % pour Bertelsmann-RTL Group qui souhaite participer à cette opération de consolidation.
En outre, Nicolas de Tavernost, et non l'actuel patron de TF1 Gilles Pélisson, sera nommé PDG du nouvel ensemble. Ce sera donc lui le patron opérationnel. Un conseil de surveillance de RTL Group a validé le schéma de fusion ce lundi. Comme nous l'écrivions auparavant, l'opération n'est pas sans risque. Elle est en particulier soumise à l'approbation de l'Autorité de la concurrence. Reste également à voir comment réagiront les annonceurs, TF1-M6 devant peser entre 65 % et 75 % du marché publicitaire, et les producteurs.
« Il était évident que l'acheteur soit français »
Après un premier tour en mars, ils n'étaient plus que cinq à prétendre conquérir la fiancée audiovisuelle : Bouygues et sa filiale TF1, Vivendi (Canal+), Xavier Niel, qui candidate en son nom sans l'opérateur Free ni le producteur Mediawan, le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky (CMI France) et Mediaset, le groupe de Silvio Berlusconi. Ces cinq sociétés ont déposé leurs offres jeudi dernier à la banque d'affaires JP Morgan, chargé par RTL Group de les réunir.
« Étant donné que le dossier intéresse beaucoup les politiques, il était évident que l'acheteur soit français », commente une source proche du dossier. À l'Élysée, on dément toute ingérence. « Nous suivons ce dossier comme tous les dossiers industriels. C'est davantage aux régulateurs de regarder de près », assure-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron.
La force de M6 et RTL
La lutte entre les candidats fut acharnée. Il faut dire que depuis la prise de contrôle de la Cinq par Hachette, à la fin de l'année 1990, une opération qui a presque coûté la peau de Jean-Luc Lagardère et du groupe Matra-Hachette, on n'avait pas vu passer à Paris un tel dossier audiovisuel. M6 est la seconde chaîne privée de France derrière le leader incontesté TF1, la quatrième en termes d'audience (9 % en 2020), derrière la Une, France 2 et France 3. RTL, où officient Yves Calvi, Laurent Ruquier, Cyril Lignac, Julien Courbet, Pascal Praud et Thomas Sotto, est la deuxième radio de France derrière France Inter. Elle affiche une part d'audience de 12,4 % entre janvier et mars 2021, contre 13,3 % pour la radio publique, selon les chiffres de Médiamétrie.
Vache à lait
Groupe M6 est un petit empire développé d'une main de maître par l'inoxydable Nicolas de Tavernost, le président du directoire, âgé de 70 ans. Il possède également Gulli, W9, 6ter, Paris Première, Téva... et les stations Fun Radio et RTL2. Son chiffre d'affaires tutoie habituellement 1,5 milliard d'euros, hors pandémie. En raison de la chute du marché publicitaire, il a atteint 1,2 milliard en 2020. Nicolas de Tavernost en a fait un modèle de rentabilité, avec une marge opérationnelle courante de plus de 20 %.