Je me pose des questions quand à la nature de l'exception culturelle francaise en matière de radio.
Voyageant pas mal surtout dans le bassin méditerrannéen, je constate que dans cahque pays visité, Italie, Espagne, Grèce, Tunisie, Maroc, Egypte, Espagne... un très grand nombre de radios ne diffusent que de la musique locale, et la musique anglo saxonne est rare voire absente.
En France les radios se battent contre les quotas pour pouvoir diffuser le maximum de musique anglo saxonne.
Est ce un goût naturel, ou est cela résulte t il de la profusion des maisons de disques qui enrichissent (pour faire plus d'argent) leur catalogue avec des artistes anglophones.
En a t on vraiment besoin, ne peut on pas exister sans les exhibitionnistes des clips anglo saxons ?
Pour ma part oui et je n'ai pas l'impression d'être plus c.. qu'un autre
Au nom de la liberté d'expression et de choix, les radios ne tombent elles pas dans les griffes des majors, en faisant tinter au passage leur tiroir caisse ?
Quand on connaît la relation qui s'établit entre les maisons de disques (diffusion des nouveautés, rotations conseillées etc), on se demande ou se trouve la liberté de certaines radios (souvent commerciales) et l'arbitraire de l'auditeur assujetti aux robinets à musique .
Vaste question.
Tout d'abord, je ne pense pas qu'il faille comparer des pays assez différents culturellement. Et si vraiment vous souhaitez le faire, alors il faut considérer l'ensemble du paysage radiophonique de ces pays.
Prenez la Turquie, on y trouve des radios qui diffusent des tubes anglo-saxons traduits en turc (c'est assez drôle quant on connait les originaux !). On y trouve des radios qui diffusent de la musique orientale plus traditionnelle. On y trouve des radios de hits qui diffusent indifféremment de la musique anglo-saxonne et de la musique turque actuelle.
S'agissant de nos chers quotas, revenons à l'origine du mal. Une loi mal ficelée, qui reposait sur deux chiffres: 40% de chanson francophone, dont 20% de nouveaux talents. Cette loi, largement inspirée par le lobbying des dirigeants des majors françaises et de quelques artistes, se voulait un outil de défense de l'exposition de la langue française sur les grosses radios musicales qui avaient, il est vrai, à une certaine époque, tendance à exposer principalement des artistes anglo-saxons. En réalité, cela cachait mal la défense de quelques intérêts commerciaux tricolores.
Seulement faire une loi bêtement quantitative à base de quotas ne peut donner de bons résultats. Déjà, il a fallu proposer plusieurs aménagements de ces quotas. Du 35/25 pour les radios de promotion de musique récente, du 60/10 pour les radios de "patrimoine". Ensuite, comment ne pas trouver ridicule qu'il faille imposer ces quotas avec aussi peu de discernement à toutes les radios qui diffusent de la "variété" (sic) ? On peut déjà se poser la question de savoir quel pourcentage la production francophone représente par rapport à la production mondiale ou anglo-saxonne, et ce, dans les différents genre musicaux. Ensuite, on peut se demander si toutes les radios seraient assez stupides pour abandonner certains segments de marchés, comme celui de la chanson française, si les quotas n'existaient pas. On voit des radios arriver à faire trouver un public en diffusant de la chanson française à des doses largement supérieures à ce que leur impose la loi. Donc pourquoi ne pas laisser les radios qui veulent miser là-dessus faire le travail de promotion de la musique francophone, et laisser tranquille celles qui à l'inverse, préfèrent miser sur autre chose ? Au final, ceux qui choisissent délibérément de diffuser un style musical le feront, je pense, toujours mieux que ceux qui ne travailleront que sur des chiffres.
Car au final, on le voit avec les années de recul, cette loi est contreproductive. Très rapidement, les réseaux nationaux se sont mis a diffuser en rotations toujours plus élevées des artistes de moins en moins nombreux. La prise de risque sur les nouveaux talents s'est réduite, la plupart des radios diffusant les mêmes morceaux. Et le pire est apparu avec la télé-réalité: les radios, qui ont de plus en plus horreur du risque, se sont ruées sur les produits "vus à la télé". Trop pratique, parce que ces "artistes" éphémères avaient une bonne exposition médiatique à la télé, les radios n'avaient plus à prendre le risque de diffuser le moindre morceau inconnu. Les chaines de télé faisaient le travail de découverte et promotion qui avait été, traditionnellement, celui des radios ! Inutile de préciser que l'on est là dans le plus pur marketing ! Des histoires de chiffres, qu'il s'agisse de gros sous pour les uns ou de quotas à respecter pour les autres !
Des radios ne veulent plus de ces quotas, mais cela signifie-t-il qu'elle ne veulent plus passer de musique francophone ? Pas forcément. Je le répète, aucune radio n'aurait intérêt à ne pas diffuser des artistes qui peuvent plaire à leur public. Mais le critère doit être qualitatif, selon les choix de programmateurs musicaux capables de faire leur travail convenablement, et non un critère de quantité imposée.
Aujourd'hui, l'industrie du disque pleurniche. D'abord, il faut se souvenir qu'elle n'avaient pas joué le jeu, car si les radios avaient des quotas, cette industrie aurait du mettre le paquet sur la promotion de nouveaux talents, au lieu de vouloir ne mettre en avant que leurs artistes confirmés. Ensuite, après s'être bien plantée avec la dématérialisation de la musique et avoir traversé la crise que l'on sait, elle a compris l'importance de l'exposition des artistes à la radio: c'est là qu'il y a de l'argent à prendre, et c'est un support de promo essentiel. Et elle se rend compte, un peu tard, du fonctionnement actuel des plus grosses radios musicales: respect pile poil de la loi sur les quotas, mais avec 15 morceaux surexposés !
Je ne pense pas que les radios soient dans les griffes des majors. Certaines radios sont "moutonnières" et se copient mutuellement, c'est tout (les auditeurs de ces radios sont peut-être aussi un peu "moutonniers"). N'oubliez pas que les majors, même si ce sont des multinationales, ont des artistes francophones à faire passer, et que la loi sur les quotas les sert. Ce ne sont certainement pas les majors qui veulent faire sauter cette loi, bien au contraire...